|
Résumé :
|
Depuis le vote de la loi Veil, en 1975, l’avortement n’est plus seulement une question politique ou morale, un recours possible en cas de grossesse non désirée. Il est aussi un travail médical. Cet article analyse les enjeux professionnels que soulève la pratique de l’IVG et éclaire la permanence et la recomposition des réticences médicales. Celles-ci ne prennent plus la forme d’une opposition de principe à l’avortement, position aujourd’hui marginale et marginalisée au sein de la profession, mais de l’expression d’un dégoût assez largement partagé parmi les professionnel·les de la gynécologie. L’étude de l’indisposition des médecins et de ses variations permet d’éclairer l’évolution des normes et des socialisations professionnelles, mais également des luttes qui traversent l’espace de la gynécologie. Elle amène à considérer l’expression du dégoût comme une pratique de pouvoir professionnel, et à saisir le «sale boulot» à l’aune de sa production symbolique : les professionnel·les de la gynécologie participent à valoriser le travail d’avortement ou à l’inverse à salir le boulot selon la position occupée dans l’espace professionnel et les rapports de pouvoir qui le traversent.
|